Création du Système d'Alerte Précoce
Suite aux épisodes de grande sécheresse de 1973-1974 et de 1984-1985, à leur impact dramatique sur les populations du Sahel et aux difficultés d'y apporter des réponses, les gouvernements de la région, aidés par les bailleurs de fonds, ont mis en exergue le besoin urgent de mettre en place des systèmes de veille et de surveillance permanente, rapide et efficace de la sécurité alimentaire et nutritionnelle. L'accès à des données fiables en temps quasi réel permettrait ainsi de préparer des réponses plus rapides et plus efficientes aux problèmes alimentaires. C'est dans cette dynamique que le Ministère chargé des Collectivités Territoriales et les bailleurs de fonds ont fondé le Système d'Alerte Précoce de la République du Mali. Placé sous la tutelle du Commissariat à la Sécurité Alimentaire (CSA) le SAP est donc en charge de répondre à un ensemble de questions relatives à l'état de la sécurité alimentaire :
1) Quelles sont les zones et les populations risquant de connaître une crise alimentaire ou nutritionnelle?
2) A partir de quel moment et pour combien de temps?
3) Quels sont les besoins estimés?
Au départ, seules les régions situées au nord du 14ème parallèle étaient considérées comme zones à risque. Depuis 1998, de nombreuses enquêtes et études ont démontré que le risque alimentaire s'est en partie transformé passant d'une insécurité conjoncturelle essentiellement rurale et due à des facteurs climatiques à une pauvreté structurelle tant rurale qu'urbaine. La prise en compte de cette nouvelle dimension a justifié l'extension du SAP à l'ensemble du pays depuis 2004.
Le Fonctionnement du SAP au Mali
Le SAP se base sur une collecte permanente de données liées à la situation alimentaire et nutritionnelle des populations. Ces données couvrent des domaines très divers tels que la pluviométrie et la crue des fleuves, les dépradateurs, , les campagnes agricoles, l'élevage et la pêche, les prix sur les marchés, les migrations de populations, leurs habitudes et réserves alimentaires, ainsi que leur état de santé .Ces informations sont recueillies auprès des services administratifs et techniques du gouvernement, des élus locaux et société civile depuis les communes vers les chefs-lieux de cercles, les chefs-lieux de régions et enfin Bamako. Au niveau de chaque chef-lieu de région, l'équipe régionale chargée du recueil des informations est appuyée par la Direction Régionale du Plan, de la Statistique, de l'Informatique, de l'Aménagement du territoire et de la Population (DRPSIAP). Avant d'être transmises sous forme de rapport régional mensuel vers Bamako, ces informations sont examinées par un groupe de travail SAP du Comité Régional de Développement qui se réunit mensuellement et qui regroupe les structures concernées par les questions de sécurité alimentaire sous la présidence du Conseiller aux Affaires Economiques et Financières du Gouverneur. À Bamako les rapports régionaux, les résultats d'enquêtes et les informations collectées sont analysés et rassemblés dans un rapport national mensuel qui est examiné puis adopté par le groupe de travail SAP, avant d'être publié et distribué sous forme de bulletin national, lequel est destiné aux autorités nationales, régionales, locales et aux organismes internationaux afin de leur permettre de prendre les mesures susceptibles de prévenir une crise alimentaire.Les zones où une dégradation de la situation alimentaire est suspectée, une équipe composée d'agents de la santé et des affaires sociales mène une enquête Socio-Médico-Nutritionnelle approfondie afin de préciser l'importance des problèmes suspectés.
Méthodologie
Les principes de base de la méthodologie du SAP sont les suivants :
- la collecte permanente de données pluridisciplinaires, toutes liées à la situation alimentaire des populations;
- une transmission rapide de ces données;
- une diffusion rapide et large des informations traitées.
La méthodologie mise en place en 1986 a beaucoup évolué. Le processus d'aide à la décision a été amélioré de façon significative, principalement avec la mise au point du "système expert". Le principe des questionnaires, lui, n'a pas changé, mais l'appréciation du risque alimentaire se fonde davantage sur le recoupement des informations que sur les résultats d'un seul indicateur. Ainsi, une mauvaise campagne agricole, couplée à une absence de réserves alimentaires (qui peuvent paraître les indicateurs les plus visibles) ne conduira pas nécessairement à un pronostic/diagnostic de crise alimentaire si les facteurs tampons et les autres ressources sont suffisants. Les recommandations de distributions alimentaires gratuites ne sont faites que lorsque le pronostic/diagnostic fait apparaître que les ressources des populations concernées vont devenir insuffisantes pour leur permettre de faire face à leurs besoins essentiels.Il faut rappeler que le SAP n'est pas un système décisionnel. Il se veut un organe d'aide à la décision en mettant à la disposition des décideurs (nationaux et internationaux) les informations nécessaires sur la situation alimentaire et nutritionnelle des populations concernées.Nous disposons actuellement d'une masse d'informations, aussi bien sur le plan structurel que sur le plan conjoncturel, particulièrement sur les capacités d'adaptation des populations aux difficultés alimentaires. Ce capital d'informations est utilisé pour les recommandations d'aide alimentaire (gratuite ou par vente d'intervention) et à la publication du bulletin mensuel, ce qui correspond aux objectifs premiers du SAP. Malheureusement, ces informations sont difficilement exploitables pour l'instant à d'autres fins.L'information collectée et ordonnée pourrait par exemple, servir à une meilleure connaissance des zones SAP, mais aussi à l'identification d'autres actions. Il est demandé fréquemment que le SAP fasse des recommandations autres que l'aide alimentaire, notamment des recommandations de projets de développement. Cela ne semble pas correspondre aux objectifs ni surtout aux possibiltés du SAP. Par contre, il serait possible, par une mise à disposition d'informations exploitables en permanence, de soulever et mettre en évidence les problèmes spécifiques à chaque zone qui bloquent ou ralentissent son développement, et par là-même favorisent les crises alimentaires. Cela pourrait permettre aux décideurs et aux intervenants sur le terrain de prendre les mesures nécessaires pour mettre en œuvre les projets de développement adéquats.
Structure
Après avoir connu plusieurs sources de financement (FED, USAID), le SAP est aujourd'hui financé par le Programme de Restructuration du Marché Céréalier (PRMC) et placé sous la tutelle du Commissariat à la Sécurité Alimentaire (CSA). La Direction Nationale de la Statistique et de l'Information préside le groupe national SAP.Le projet comprend actuellement 29 agents tous contractuels maliens. Chacune des équipes régionales du SAP est formée du représentant régional du SAP et Directeur Régional du Plan, de la Statistique, de l'Informatique, de l'Aménagement du territoire et de la Population. Cela représente donc une équipe très légère, compte tenu des taches demandées. Cette légèreté assure aussi une plus grande dynamique à l'équipe. Mais cette dynamique n'est possible en fait que grâce à la participation très active de tous les partenaires du SAP : au niveau de la base : les Sous Préfets, les Maires et leurs cadres techniques; au niveau régional : les conseillers au développement, les Directeurs Régionaux du Plan, de la Statistique, de l'Informatique, de l'Aménagement du territoire et de la Population, ainsi que l'ensemble des structures techniques;au niveau national : le Ministère de l'Administration Territoriale, la Direction Nationale de la Statistique et de l'Information, ainsi que l'ensemble des Directions et des Services Techniques faisant partie du groupe national SAP;sans oublier, bien entendu à tous les niveaux, les différents partenaires au développement (organisations internationales et organisations non gouvernementales).
Partenariats
Le SAP travaille en partenariats avec de nombreux acteurs, tant pour le partage d'informations que pour la mise en place d'enquêtes. Au niveau national, les collaborations sont nombreuses avec l'ensemble des services techniques.
Le SAP collabore également avec des ONG internationales, comme en témoigne le projet Surveillance en partenariat avec l'ONG Action Contre la Faim-Espagne.








